EN ATTENDANT...

EN ATTENDANT...
Comme l'écriture de mon roman ne me laisse guère de temps pour faire vivre ce blog, 'ai décidé de créer d'autres pages à partir de quelques poèmes que j'ai écris au fur et à mesure des années et que j'ai réunis sur le site :
www.mapetitepoesie.skyrock.com
ICI
# Posté le mardi 10 février 2009 07:22

Faits divers

Faits divers
Un instant il a regardé le couteau. Depuis la fenêtre la lune courait le long de la lame. Silence absolu. Il a repensé à toutes ces années.

Combien de temps ça avait duré cette comédie ? Hein ?

Il avait failli y croire lui même, se persuader que finalement ça y était, il avait trouvé la paix. La sérénité. Le bonheur enfin. Mais tu parles. On ne se renie jamais tout à fait.

A vingt sept ans il avait fait son deuxième séjour à l'hôpital psychiatrique. Il s'était dit que c'était la bonne, là. Et les autres avec lui. Les autres, tout le monde.

Il y était resté deux mois. Deux mois ça fait long, tu peux me croire.

Bien sûr certains étaient venus. Famille, amis. Les plus proches. Il parlait, il ouvrait les yeux et il souriait, mais au fond tout le monde savait bien qu'il était allé trop loin cette fois, qu'il s'était enfoncé bien trop profondément dans la démence et le rejet du monde pour en revenir indemne. S'il en revenait un jour. On lui donnait pas trois mois. Alors on se précipitait, histoire de rien regreter.

Et puis il était sorti. Chacun avait pu se féliciter des progrès phénoménaux qu'il avait faits. Guérir si vite, ça tenait du miracle. On se congratulait à tout va et on imaginait le meilleur maintenant. Maintenant c'était bon, on se disait entre nous quand on passait les portes, c'était bien et ça allait aller. Ouais. Ca irait. On était sauvés, tous.

Combien de temps ça a duré la connerie ?

Il est sorti, après quelques jours il a trouvé un appartement, un boulot et les choses ont pu reprendre normalement leur place. Ca roulait. Ca roulait.

Une fille a fini par partager sa vie. Une comme on les aime. Belle, gentille et intelligente. Rien que ça ! Oui madame. Un vrai conte de fées.

Ca aurait du intriguer, ça, c'était trop beau, ça sonnait faux, tu vois. Le bonheur c'est rien qu'au cinéma, non ? Un concept de publicitaire sous acide, un truc comme ça...

Bon, elle est entrée là dedans sans se méfier le moins du monde et ça a roulé. On ne s'inquiétait même plus pour lui.

Mais qu'est-ce que tu veux, elle était là, la bête. Bien planquée tout au fond, à attendre le bon moment. La folie est un prédateur mortel. Un félin enragé. Discret, patient. Et affamé.

Elle a fini par bondir au moment où personne ne s'y attendait. Personne. Lui pas plus que les autres. Elle s'est jetée là-dessus comme un rapace sur un morceau de bidoche et le monde a continué à faire comme si de rien n'était.

Il avait vécu huit ans comme ça. Il avait lui même fini par y croire. Aujourd'hui il avait trente cinq ans, la vie lui avait offert à peu près tout ce qu'on est en droit d'espérer à cet âge et de ce côté-ci du monde.

Et boum. Et Patatras. Et merde. Trouve un synonyme qui te plait.

Un soir ça lui avait sauté dessus. Va savoir pourquoi ce soir là plutôt qu'un autre.

Il a quitté la lame des yeux. Il a regardé la gentille fille belle intelligente et morte en travers du lit. Le sang éclatait par terre, sur les murs et sur les draps. Au pied du lit il y avait la tête du chat. Le corps un peu plus loin.

Un instant il a regardé la lame. La lune courrait le long de l'arme et il s'est assis sur le bord du lit, sur une flaque un peu plus étendue que les autres. Il avait tranché net. L'aorte, ou un truc comme ça.

Il a regardé la lame dans sa main droite et il a souri. Un sourire douloureux, qui lui arrachait les lèvres, les joues et le cerveau.

Alors il a laissé son regard ramper de droite à gauche, et dans son autre main il a remarqué le sang les poils et les longs cheveux blonds. Tout ça poissait dégueulasse et dessinait foncé les lignes de sa main au milieu du rouge écarlate. Ligne de chance. Ligne de c½ur. Ligne de vie.

Il a appuyé le gros couteau de cuisine sur tout ça et il a creusé un large sillon bien profond en travers de sa pogne.

Son c½ur jouait au bélier contre ses tempes et il avait un peu envie de gerber.

Il y avait cette odeur. Le sang. La mort. Un jour il s'était demandé si c'était vrai cette histoire d'odeur de la mort, on entendait ça dans toutes les séries à la téloche. Ben c'était vrai. La mort a une odeur. Ca sentait pas mauvais, d'ailleurs, non, on peut pas dire. Un parfum de fer oxydé, un truc assez glacial.

Il a d'abord coupé le poignet de gauche à droite, dans toute la largeur. Et il a attendu. Attendu.

Comme il ne partait pas assez vite à son goût, il a remis ça, mais dans la longueur cette fois. Il a dû plonger plus profond dans son bras parce que cette fois le sang a jailli par à coups. Il en foutait partout. Il a regardé les jets successifs repeindre le mur en face et il a reposé son bras doucement.

C'était bizarre, tout ce silence.

Il trouvait quand même ça long. Il aurait pensé que c'était plus rapide, mourir. Elle au moins avait arrêté de bouger assez vite. Enfin c'est l'impression qu'il avait eue, il en était plus vraiment sûr maintenant. En tout cas elle n'avait pas crié. Elle ne s'était pas débattu. Elle avait juste ouvert les yeux en grand, surprise et peur, et elle avait porté ses mains jusquà sa gorge. Et puis plus rien.

Il a relevé la main droite et il s'est planté la lame dans le thorax, un grand geste d'avant en arrière et de bas en haut, mais le c½ur qu'il avait espéré atteindre n'avait pas été touché. C'était passé à côté.

Autant se tailler le bras en long en large et en travers ne l'avait pas trop fait souffrir, autant là, avec le grand coup dans la poitrine qu'il venait de se donner, il en chiait un sacré maximum.

Il se trouvait ridicule d'avoir mal. Il pensait pourtant qu'il y était parvenu. Qu'il était enfin passé au delà de la douleur. Que rien ne pouvait plus l'atteindre.

Il a essayé encore une fois. La lame s'est arrêtée à quelques centimètres du but, il le sentait. Il a baissé la tête et a regardé le manche qui sortait droit de son corps comme une saillie grotesque et il a trouvé ça presque beau.

Il a réussi à se lever, il avait perdu pas mal de sang et il avait du mal à bouger maintenant. Il sentait bien qu'il n'en avait plus pour très longtemps. Il venait de se pisser dessus, c'était pas bon signe.

Une dernière fois il a jeté un oeil autour. D'un regard circulaire, il a balayé la chambre. De droite à gauche. La fenêtre, la tête du chat, le lit, la gentille morte et la commode toute neuve.

Il a écarté les bras bien grands, et il s'est laissé tomber en avant. Impact lourd. Bruyant.

Au moment où son corps à rencontré le sol, le voisin du dessous a grogné. Il s'est retourné dans son lit et s'est rendormi.

La lame a achevé son chemin à l'intérieur de sa chair. Mais il est pas mort tout de suite. Juste le temps de se dire une dernière fois qu'il avait raté jusqu'à sa mort.

Il en aurait chialé, mais il a pas eu le temps. C'était fini.

Le silence était toujours bien là. La nuit aussi. Par la fenêtre la lune éclairait la chambre.

Dehors la nuits n'en avait rien à foutre de rien et continuait tranquillement sa course.

Dans l'autre chambre leur bébé venait de se réveiller.
# Posté le samedi 07 juin 2008 08:58
Modifié le lundi 16 juin 2008 15:41

Sans titre

Sans titre
1



Attendre. Comme tous les matins, attendre.

La radio s'est déclenchée, tout de suite le type de l'autre côté du poste a fait son truc, parler, parler, le monde un peu partout, les guerres, des viols, des meurtres et des attaques à main armée, des écoles en flammes et le journal des sports et je me suis levé. Douche. Petit dej' et allez.

La porte, les escaliers. Quatre étages à pic et la rue. Et attendre. En général, ça se passe comme ça ; la radio, se lever, la flotte bien chaude, manger un bout - café, et hop. Des fringues et va.

L'arrêt de bus. Un truc assez énorme, ça, un arrêt de bus. Quand tu y réfléchis, rien que ça, on pourrait en faire des pages. Passons. Le truc arrive. Le truc s'arrête. Deux portes comme une énorme gueule au matin. Monter. Trouver une place. Sa propre petite place au matin et voila. Roule. Roule. Et c'est toujours comme ça.
Je me suis assis et comme un con je me suis dit qu'il faisait bon. En fait, bien sûr, il ne faisait pas particulièrement bon, non, c'est pas ça. Pas vraiment. En fait il faisait meilleur. Meilleur, c'est ça, un peu mieux. Juste un peu et la vie se résume souvent à ça, faire en sorte d'être un peu mieux qu'une seconde plus tôt. Donc là où j'étais c'était mieux que l'instant d'avant, et voila tout ce c'était, ma vie. Mon existence, tout ça...

Bon alors on a roulé. Coup d'½il autour.

Des hommes des femmes des femmes des hommes. Des femmes. Lycéennes. Secrétaires. De chambre. De ménage. Au foyer.

Maquillage. Ménopause. Attente. Renoncement. Jambes seins lèvres. ¼il. Dents poils lunettes foulard talons aiguilles talons plats talons cassés. Sac à main.

Je sais pas si c'est moi, mais les filles ont toujours l'air plus joli dans les transports en communs. Toujours. Pourquoi, j'en sais rien. Autre question ?
Je serais prêt à me jeter aux pieds d'une fille que je n'aurais peut-être pas remarquée ailleurs que dans un bus ou une rame de métro. Ca en devient pathétique, je mate comme un vieux vicelard. Ou un jeune con, niveau drague c'est la même chose. Ca peut pas être qu'une question d'atmosphère. Et d'abord parce que ça ne veut rien dire du tout, ça, atmosphère. Rien, strictement. Alors quoi, la lumière ? Ben voyons...

Bon on a roulé et dehors tout autour le soleil n'avait pas encore donné au monde ses couleurs et ses ombres et ses reliefs, c'était plus la nuit tout à fait, mais on était loin de pouvoir dire qu'il faisait jour. C'était l'heure où l'on ne rencontre personne, où l'on ne fait que se croiser et où l'on ne croise que des gens raisonnables. A cette heure là chacun sait où il va, et le boulot arrive en tête des destinations de l'humanité toute entière.

Je suis descendu trois quarts d'heure plus tard. J'avais pris le métro, j'avais changé deux fois de rame et j'avais repris un bus. Un autre.

Tous les matins c'était comme ça, mais j'avais pas encore pu m'y résoudre vraiment absolument entièrement totalement et je trouvais encore bien un peu que c'était une vraie vie de con. Pleinement.

J'avais pas encore tout à fait renoncé et l'évidente absurdité de tout ça pesait sur mon âme comme des siècles de servitude. La vie, c'était rien qu'un long enfer pavé de tessons de bouteilles qu'on traversait à poil sur les genoux, et parfois passer sur un lit de ronces ou d'orties vous apparaissait comme la plus absolue béatitude. Un vrai bonheur. Une récompense. Un soulagement, une sorte.

Lentement je me métamorphosais et je n'aimais pas mais pas du tout ce que je voyais dans le miroir. Oh non.

2007/08
# Posté le mardi 19 février 2008 16:10
Modifié le mardi 11 novembre 2008 05:29

La bergère et l'épicier (attention, ce texte peut heurter la sensibilité de certains lecteurs, notamment les plus jeunes)

La bergère et l'épicier (attention, ce texte peut heurter la sensibilité de certains lecteurs, notamment les plus jeunes)
C'est un pote qui m'a raconté ça.

Patrick Carboni était épicier de son état. L'épicier du coin. Un grand gars massif et lent qui ne s'arrêtait de sourire que lorsqu'il comptait. Debout derrière sa caisse il faisait passer de sa main gauche à sa main droite les trucs que tu avais foutus sur le tapis, il fronçait ses épais sourcils noirs, il fermait un peu les yeux, pas tout à fait, son front se barrait de deux grosses rides de réflexion et il comptait tout haut de sa voix d'eunuque numide. Quand il avait fini d'en chier avec les centimes et les retenues, il rangeait tout ça avec amour dans un sac en plastique rose et son sourire se repointait illico. Il te tendait le sac comme un écolier tout fier et t'envoyait sa phrase préférée. « Merci au revoir et à bientôt ». Il te balançait ça d'un trait haut perché, il laissait bien traîner la dernière voyelle, les premières fois personne comprenait, c'est à force que ça venait. Merciorvoiréabientooo ! Ca faisait marrer tout le monde, ce truc. On aurait dit qu'il jouait à la marchande. Les gamins du coin passaient devant sa boutique en gueulant ça à tue tête, mais il s'en foutait Patrick, il trouvait que c'était plutôt sympa ces gosses qui cavalaient devant chez lui. Il aimait bien les gosses, Patrick Carboni. Epicier de son état.

Le soir, vers huit heures, quand il avait recompté trois fois sa caisse, quand il avait balayé entre les deux rayons et passé un coup d'éponge sur le tapis noir, quand il avait bien tout éteint et vérifié trois fois qu'il avait bien tout éteint, qu'il avait fermé la porte et baissé le rideau de fer gris, alors il regardait une dernière fois son petit univers endormi et il rentrait chez lui. Y avait qu'une rue à traverser. Il montait doucement les trois étages de sa démarche empâtée de géant sous valium, il faisait jouer les deux verrous de sa porte d'entrée, il pendait son manteau dégueulasse au vieux crochet en bois peint et il échouait ses 120 kg sur le fauteuil démodé de son salon dépareillé.

Il restait comme ça dans le noir une bonne heure à rien faire, rien écouter et rien regarder. Rien en particulier. Il entendait les voitures en bas, deux trois oiseaux, les gamins du quartier jouer au foot et le bruit sourd de l'échangeur au loin. Quand il en avait marre de rien foutre il allumait la télé. Il laissait les images défiler devant ses yeux sans comprendre quoi que soit à tout ça et sans vraiment avoir l'envie de saisir ce qu'ils voulaient dire au juste là dedans. Il mettait un film porno et il se masturbait avant d'aller au pieu. Une fois couché il se branlait encore une fois et parfois il s'endormait avant d'en avoir eu fini, la queue à la main.

Il dormait comme un sonneur sans que rien au monde ne puisse le réveiller, personne ne saurait dire à quoi il pouvait bien rêver ou même s'il rêvait, et vers neuf heures les trompettes du journal du matin hurlaient à côté de ses oreilles.

Alors il se levait et il s'habillait. Parfois une douche, parfois pas. Souvent pas. Il ouvrait le frigo et buvait d'un trait un demi-litre de jus d'orange à la bouteille. Pas de café. Jamais. Quand il était môme sa mère lui préparait du chocolat. Quand il était môme. Maintenant sa mère pourrissait dans une chambre médicalisée d'une maison de vieux loin d'ici. Il n'allait jamais la voir. Il avait pas le permis, Patrick Carboni, tu parles. Il avait même jamais pensé à le passer, et de toute façon à quoi bon, il l'aurait pas eu, ou on ne lui aurait pas filé, ce qui revient au même. Mais de toute façon, voir sa mère, il n'y serait pas allé. La vérité, c'est qu'il n'y pensait tout simplement pas. Il n'y pensait plus.


Il ouvrait les portes à dix heures. Tous les jours. Toute la semaine. Toute l'année. Pas de week-end. Pas de vacances. Pas de jour de repos. Sa vie c'était ça, passer les articles de gauche à droite, en remplir des sachets roses, et « Merci au revoir et à bientôt ». C'était ça, sa vie. On n'aurait pas pu dire s'il était heureux ou pas. Triste, préoccupé ou juste bien, personne n'aurait su le dire. Tous les jours de toute la vie, sa vie, de dix heures du matin à huit heures le soir c'était ça. Le monde passait devant ses deux yeux bleu-gris délavés de grand gars perdu à la vitesse des articles sur un tapis de caisse de superette.

Une fois, il avait pris le train. Il était allé dans une ville plutôt éloignée et il y était resté toute la nuit. Toute une nuit et tout le jour d'après. On lui avait fait voir des films, et il avait passé des tests avec des chiffres, des carrés et des ronds. Il avait parlé à des gars en uniforme et à tout un tas d'autres en blouse blanche, il avait pissé dans un flacon transparent et on lui avait fait des piqures. C'était les trois jours, et là bas les gars de l'armée lui avaient calculé un Q.I de 85. Il était rentré chez lui et il avait oublié les types en uniformes.

Et puis un jour c'est arrivé. C'est arrivé, il pleuvait.

Un jour qu'il était là, debout entre l'affiche vieillotte de la baie de Rio qu'un fournisseur lui avait refilé des années auparavant et le tapis de gomme noire, comme toujours à attendre le moment où la sonnerie de la porte allait trahir l'arrivée d'un client par le braillement interminable et irritant de ses deux tons mécaniques, comme toujours un sourire absent accroché à son visage doucement niais d'immense benêt, un jour qu'il regardait de l'autre côté de la grande vitre un peu sale les gamins sauter dans les flaques et taper le ballon sous la flotte sur le trottoir d'en face, un jour elle est entrée.

Cette fille là, tout le monde la connaissait. Elle habitait pas loin, à deux immeubles de là, trois cent mètres maxi. Elle vivait chez ses parents et quand elle passait la plupart des gars scrutaient son cul et se disaient comme ça qu'ils la baiseraient bien. Et c'est d'ailleurs ce que la plupart avait fait. La plupart. A seize ans cette névrosée du derche s'était déjà fait besogner par la moitié des mâles du coin. Arabes, blacks, français pur souche ou ethniquement indéfinis, jeunes, vieux, entre les deux ou hors catégorie. Chez eux, dans leur voiture, dans des escaliers ou dans les caves dégueulasses. N'importe où. N'importe comment. Partout et dans tous les sens. Et elle le portait sur elle. Elle avait franchement une gueule de petite salope. Et bien entendu les fringues qui vont avec. Mini mini et soutifs visibles à travers ses hauts transparents. Bottes bien hautes ou chaussures à talons.

Sa mère n'osait plus sortir. La honte. Son père avait baissé les bras. Dans un premier temps il s'était battu avec tout le quartier, il avait cavalé à droite et à gauche, il avait gueulé un maximum, il lui avait tapé dessus aussi, mais rien à faire. Il avait bien essayé de l'enfermer, il avait foutu un verrou à la porte de sa chambre et interdit d'approcher la porte d'entrée, mais là non plus ça n'avait rien donné. Elle faisait le mur. Elle passait par la fenêtre pour aller se faire tringler derrière un buisson ou dans un local à poubelles. Si ça se trouve elle aurait été moins salope s'ils avaient habité le huitième étage...

Les pires trucs circulaient sur elle, et la plupart étaient vrais. Elle avait vraiment le feu au cul.

Ce jour là donc elle est entrée dans la petite épicerie vieillotte alors qu'il avait plu. Ses cheveux noirs lui collaient au visage et du khôl avait coulé sous ses yeux comme deux grosses larmes sombres. Elle n'était jamais entrée dans la boutique. Elle faisait jamais les courses. Maintenant qu'elle était à l'intérieur elle tremblait un peu en se ramassant sur elle-même comme pour lutter encore contre le vent de novembre qui léchait les trottoirs au dehors.

Lui, il l'a regardé plantée là les bras croisés hauts sous les seins la tête dans les épaules pour essayer de se tenir au chaud d'elle-même devant la porte devant la caisse devant lui. Il a rien dit. C'est elle qui a parlé la première.

« -T'aurais pas un truc chaud à boire ? »

Il avait pas, alors il a pas répondu, il a juste regardé le bout de ses chaussures, comme un gamin pris en faute. Il a un peu souri gêné, mais elle n'a pas remarqué. Elle a continué.

« -T'as bien une serviette pour m'essuyer... »

Non plus. Il n'avait pas non plus. Alors il lui a quand même tendu le vieux torchon cradingue qui pendait à sa ceinture. Le truc était noir. Gris au mieux. Gris foncé. Elle a regardé le tissu dégueu un moment comme si elle ne comprenait pas tout de suite. Elle a relevé les yeux sur lui, et avant qu'elle ait pu gueuler, se foutre de lui ou lui cracher à la gueule, il a fait demi-tour. Le nez dans ses grôles il est allé farfouiller dans un rayon et il est revenu en traînant des pieds avec un paquet de gâteaux dans les mains. Dans les deux mains comme un gosse qui ramène un crabe sur la plage. Des petits LU. Il lui a tendu le truc avec son sourire à la con en continuant à reluquer ses pompes.

Elle a pris le paquet comme si elle lui faisait une faveur. Lentement doucement elle a levé le bras droit. Elle a tendu la main et a attendu qu'il y dépose le paquet blanc et bleu. Une faveur. Ouais, et c'est comme ça qu'il l'a pris, d'ailleurs. Une faveur. Tu parles. Du bout des doigts elle a grignoté les rectangles bruns en essayant de se donner des airs classes et hautains bien loin de la petite allumée irrémédiable qu'elle était. Elle était en représentation. Elle jouait un rôle et l'autre couillon tombait dans le truc. Sans forcer, tu penses. Alors il est resté là à la regarder picorer les petits gâteaux du bout des dents, il est resté debout émerveillé comme si miss monde avait bien voulu se taper un de ses petits beurres vieillots, face à elle avec son sourire de gosse un peu timide, il en avait plein les yeux.

Quand elle en a eu fini avec le paquet, elle l'a regardé. Et son regard est passé du paquet à moitié vide à Carboni. Elle dégoulinait toujours. Elle a d'abord cherché dans ses yeux, dans ses yeux à lui ce truc qui la faisait toujours monter, qui mouillait systématiquement sa petite culotte depuis qu'elle avait découvert ça vers 9 ans, quand ses parents l'amenaient rendre visite à son grand père à moitié gâteux, et que le vieux dégueulasse profitait que les parents avaient les yeux ailleurs pour soulever jupe écossaise de la gamine et reluquer sa culotte en bavant.

Ce truc dans les yeux du vieux libidineux, c'était l'envie. La première fois que c'était arrivé elle n'avait rien dit. Elle avait pas compris. Elle avait laissé le pépé se rincer l'½il jusqu'à ce que ses parents reviennent. Alors elle avait fait retomber le tissu sur ses cuisses et elle avait couru à l'étage se planter à poil devant le premier miroir en essayant de comprendre ce qui avait pu intéresser le vieux à ce point. Elle avait pas trouvé. Elle avait pas trouvé, mais il lui était resté ce sentiment troublant d'avoir été la cible du désir d'un homme, même vieux, même laid. Même répugnant. C'en avait même été d'autant plus troublant qu'il était répugnant. D'autant plus bouleversant que c'était dégoûtant. Elle avait aimé ça. Elle savait pas que les grands pères pouvaient faire ça. Elle savait pas que les grands pères aimaient faire ça.

La semaine suivante, elle avait retiré sa culotte en douce avant d'arriver chez le papi. Elle avait guetté le moment où ses parents étaient allés faire un tour dans le jardin et elle s'était planté devant l'ancêtre. Doucement il avait soulevé la jupe et ses yeux s'étaient arrondis quand il avait constaté l'absence de culotte de la gamine. Elle, elle avait planté ses deux yeux tout noirs dans son regard. C'était comme si elle se nourrissait de l'envie du vieux. Il avait rien dit. Il avait regardé et il avait rien dit.

Le dimanche d'après, ils ont remis ça. Encore une fois elle n'avait pas de culotte. Elle avait rodé son truc. En arrivant elle filait aux chiottes et virait le bout de coton blanc autour de sa taille. Elle le gardait dans sa poche pendant toute la journée. Avant de repartir, elle faisait le chemin inverse. Cette fois-ci, donc, une fois qu'il s'était bien rincé l'½il, elle a fait un demi-tour sur elle-même. Hop. Elle lui a fait voir son cul. Le vieux lui a dit un truc dans le genre « t'es une petite salope, toi », elle a pas bien compris ce que ça voulait dire, mais elle a adoré. Elle s'est sentie frissonner, elle a encore tourné sur elle-même, le vieux lui a encore balancé deux-trois ordureries, elle s'est sentie très sale et plus le vieux porc lui envoyait des mots obscènes, plus elle aimait ça. Le sentiment d'être salie.

Une autre fois, il avait porté sa main jusqu'à son cul. Il l'avait caressé un moment, puis il avait posé ses grosses mains lourdes et sèches sur ses deux épaules et il l'avait retournée. Il avait laissé traîner une main entre les jambes de la gamine et il avait plongé l'autre dans la braguette de son pantalon qu'il avait ouverte. Il en avait ressorti sa queue et il s'était astiqué pendant qu'il profanait la môme. Elle, c'était la première fois qu'elle voyait ça, tu penses. Elle en a pas perdu une miette. Elle matait tant qu'elle pouvait le vieux se palucher en l'agonissant d'obscénités, elle le voyait suer, trembler, grimacer et suer de plus en plus. Il s'est raidi et elle a regardé médusée et un brin satisfaite le liquide fuser et barbouiller la chemise à carreaux du vieux salaud. Il s'est relâché un peu, et il a cavalé dans la salle de bains.

Ca a duré comme ça pensant des mois. Des années. Le vieux et elle attendaient que les parents partent s'occuper des rosiers du jardin, elle remontait sa jupe et tournait sur elle-même jusqu'à ce que le grand père sorte sa queue. Alors elle se rapprochait et le laissait la souiller avec ses doigts. Il la caressait et l'injuriait copieusement, elle rougissait et frissonnait d'excitation et de honte mélangées jusqu'à ce que le vieux se gicle dessus. Il l'avait jamais pénétrée. Une fois, il avait bien essayé de lui rentrer un doigt, mais elle avait serré les jambes et s'était reculée. Il avait pas insisté. Il lui avait expliqué comment se donner du plaisir et le soir même une fois au pieu elle avait mouillé son majeur et fait comme il avait dit. Elle avait douze ans.

Donc, c'est ça qu'elle cherchait, la môme.

Tout ce qu'elle a trouvé dans le regard de l'imposant épicier, c'est de l'éblouissement. De la fascination. Devant lui y'avait une princesse, et il pouvait la regarder autant qu'il voulait. Sûr que s'il avait eu une quelconque idée de ce que le mot reconnaissance pouvait bien vouloir dire, il en aurait été bourré, ouais, sûr. Elle, elle a pas du tout apprécié. Pas sûr que quelqu'un l'ait un jour regardé comme ça. Elle savait pas ce que c'était. Tout ce qu'elle a compris, c'est qu'elle ne trouvait pas ce qu'elle cherchait. Du désir. De l'envie. De la concupiscence. Du cul, nom de Dieu ! Elle a fait coulisser son regard du haut vers le bas et elle s'est arrêté à l'entre-jambes. Elle voulait en avoir le c½ur net. Il ne bandait pas. Par contre, elle a tout de suite remarqué la grosseur hors normes du paquet là dedans. Elle s'est déhanchée un coup, son cul sur le côté droit, elle a croisé les bras bien haut, a ramassé ses seins avec ses avant bras et soulevé le tout, elle a penché la tête sur le côté et elle a passé doucement la langue sur ses lèvres. Elle a planté son regard dans le sien. Il savait pas trop quoi faire. De toute façon, mis à part quand un client déposait de la bouffe sur le tapis roulant, il savait jamais trop quoi faire. Elle, par contre, elle a pas hésité.

- « Je peux me changer ? Je suis toute trempée...

- Oui... » C'est tout ce qu'il a dit. De toute façon, il avait pas entendu la question, et il aurait pas su quoi dire, mais il savait qu'il n'y avait qu'une seule réponse possible à donner à cette fille, et c'était celle là. Oui. Elle a viré son blouson détrempé et lui a tendu. Il a attrapé ça comme si c'était le saint suaire et il l'a regardé un moment avant de revenir à elle.

- « Tu vis ici ? » elle lui a demandé l'air de rien et un tas d'idées derrière sa tête d'obsédée du paf. Il a pas répondu.

- « Tu vis ici ? » elle a dit plus fort. Il a baissé les yeux sur le blouson sanctifié et il a souri.

- « T'habites où ? C'est où ta maison ? Il me faut des fringues sèches, des –frin-gues-sè-ches ». Elle a bien détaché les syllabes de la dernière phrase comme si elle s'adressait à un con. A un gamin. Sauf qu'elle savait pas que c'était bien ça, en effet.

Il a pas démarré au quart de tour, tu t'en doutes. Le temps que l'information fasse le tour, quoi. Puis une lueur dans ses yeux. Du coup, son sourire s'est franchement élargit. Il a chopé les clefs sous la caisse, et il est sorti presque en cavalant. « Des fringues sèches ». Il a répété ça deux ou trois fois avant de s'éjecter hors de l'épicerie. Dehors il avait arrêté de pleuvoir. Histoire de s'assurer que sa princesse suivait bien le mouvement, il lui a agrippé la main, et trace la route jusqu'à l'escalier. Ils se sont engloutis comme un rien les trois étages et il s'est retrouvé devant sa porte. Les clés, il a pas cherché trop longtemps. Ils sont rentrés là dedans, et il est allé chercher de quoi se changer à sa reine de beauté vulgaire.

Pendant qu'il farfouillait, elle s'est installée sur le seul fauteuil de la pièce. Une vieillerie orange bouffée un peu partout. En face de la téloche, à côté de la fenêtre. Dehors on entendait des gamins piailler. Elle a pas remarqué qu'elle s'était assise juste sur une énorme tache de foutre encore frais. Elle a croisé les jambes le plus haut possible et elle a attendu. Pas trop. Il est revenu avec un vieux jogging bleu et rouge des années 80. Il lui a tendu le truc, elle a pas su si elle devait se marrer ou se tirer de là illico. Elle s'est pas posé la question en fait. Elle a même pas jeté un ½il sur la relique Emmaüs. Une fois encore elle a examiné la protubérance entre les cuisses du grand gars et ça lui a suffit. Elle a chopé l'antiquité et est allé dans l'autre pièce, celle dont il sortait, la chambre. Elle a pas fait gaffe au bordel. Elle a pas remarqué les cassettes de cul sous le lit. Elle s'est arrangé pour se placer juste dans l'entrebâillement de la porte et elle s'est foutue à poils. Doucement elle a enlevé son pull et son sweat. Elle a viré son jean, aussi. Elle a bien fait gaffe de garder ses sous vêtements. Elle s'est assise et a fait valser ses petites chaussettes fines. Alors elle a écarté les jambes bien à fond et elle s'est penché en arrière. Les bras en équerre derrière elle pour s'équilibrer, elle a secoué ses cheveux de gauche à droite. Le grand jeu. Elle a retiré son soutien gorge en s'assurant que le type de l'autre côté de la porte n'en perdait pas une miette. Bingo. Il avait la gueule coincée entre la porte et le chambranle. Les yeux ronds comme un Grand-duc sous acide. Quand elle l'a regardé, il s'est reculé d'un coup, comme s'il essayait de se planquer. Elle s'est levé. A fait glisser son string doucement le long de ses cuisses en se penchant bien en avant pour que l'autre n'en loupe pas une séquence. Elle s'est assise à nouveau sur le lit les jambes ouvertes et la chatte aux quatre vents. Quand il a à nouveau risqué un ½il, elle s'est levé, a passé la porte et elle s'est réinstallée au fond la bergère. Comme elle n'avait plus son jean cette fois elle a senti un truc humide sous son cul. Bof, elle a posé ses jambes de chaque côté du fauteuil. Une sur chaque bras. Elle s'est tripoté un peu en attendant que le géant s'y mette.

Lui, il est resté debout devant la petite garce qui se paluchait joyeusement, et il l'a regardé se faire monter tranquillement dans son fauteuil. Elle comprenait pas pourquoi il bougeait pas, elle voyait bien qu'il bandait, c'était plus une bosse qu'il avait entre les guibolles, non, on aurait dit qu'il s'était fourré une demie baguette là dedans !

Il bougeait pas. De son doigt libre elle lui a fait signe de s'approcher, un sourire en coin. Bien sûr il s'est exécuté. Il avait un peu peur, disons qu'il était pas rassuré, ben ouais, c'était pas tout à fait naturel cette fille dans son salon, et puis c'était la première fois qu'il en voyait une à poil en vrai. Elle a fait glissé sa braguette. Zip. Elle a sorti sa queue et a commencé à le branler. Zip zip. Il est venu quasiment tout de suite. Elle a pas eu le temps de se terminer, pas eu le temps de se le carrer dans la bouche, elle a pas pu se la fourrer au fond, rien, après trois ou quatre va et vient, il l'a aspergé. Merde.

« Putain ! » elle a lancé aux murs au fauteuil et à sa bite. Elle ne souriait plus du tout. Elle en avait partout. De la cuisse droite au menton, sur le bras, sur les seins et même un peu sous l'½il gauche, elle en était couverte. « Putain » elle a redit comme ça avant de se dresser bien droite sur ses deux jambes au milieu du salon. Là, elle a remarqué les taches sur les murs. Les magazines par terre, la poussière sur les meubles, et en allant récupérer ses fringues dans la chambre elle a même aperçu des bestioles qui se carapataient sous le lit. Elle a pas vu la tache de sperme dans laquelle elle avait posé son cul. « Putain putain putain » elle a soufflé en enfilant son jean à toute vitesse.

Elle s'est rhabillée fissa et elle a déserté l'appart de l'épicier. Sa vie, aussi. Elle a dévalé les trois étages tout schuss et une fois dehors elle a pas freiné.

Lui ? Ben lui il est resté là, qu'est-ce que tu veux que je te dise... Il l'a regardé pester, tempêter, gueuler un bon coup, bondir, se lever, foncer dans la chambre, en ressortir toute habillée, traverser le salon, passer la porte et puis plus rien. Le vide. Le silence. Le silence et le vide et l'absolument rien tout autour. Il comprenait pas tout. Il savait juste qu'il avait bien aimé ce qu'elle lui avait fait. Que c'était bon. Vachement meilleur que quand il le faisait tout seul. Il savait pas que les filles pouvaient faire ça. Il savait pas que les filles aimaient faire ça.

Une fois dehors, elle est rentrée chez elle. Direct. Sa mère, ça lui a fait tout drôle de la voir à la maison si tôt. Elle a tracé dans sa chambre et elle a fait claquer la porte. Bien fort bien rageur. Hé, c'était pas la peine de se donner tout ce mal, hein, personne ne serait entré de toute façon. La mère avait les deux mains dans la vaisselle et son vieux comatait devant le maillon faible.

Il a enfilé le jogging rouge et bleu et il a bu un verre d'eau. Il avait bien envie de s'asseoir dans le fauteuil orange, mais bon, quoi, il sentait qu'une chose beaucoup plus importante se passait. Un truc était en train de lui arriver. A lui. Il a jeté un ½il dans la pièce autour, un bout de temps il a regardé le fauteuil et il a redescendu les étages en comptant les marches. Une. Deux. Trois. Quatre. Vingt-sept. Quarante cinq, il est sorti. La rue.

Bon alors voila. Quand il est revenu dans l'épicerie, son épicerie, dans sa petite boutique perso, son univers à lui, à lui tout seul, il s'est rendu compte de deux choses. Deux. Pas plus. D'abord il avait pas fermé la porte en partant. Ca fait une. L'autre chose c'est que les gens c'étaient rien que des voleurs. Oui monsieur. Des voleurs, tous. Oui madame.

Bon, y'avait bien des trucs qui avaient disparu, mais pas trop. Dans l'ensemble on s'en sortait pas trop mal. On n'avait qu'à dire que ça s'était envolé, pas de quoi en faire un roman... De toute façon, il était parti quoi, dix minutes ? Un quart d'heures ? Ouais, maxi. Des pâtes, des sauces et de l'alcool. Surtout de l'alcool. Bon. Des trucs par terre, aussi, un sacré bordel. Et des tomates écrasées un peu partout sur le sol. Il a regardé le foutoir, il a chopé le balais derrière la caisse et il a fait un gros tas de légumes pulvérisés et de verre brisé qu'il a foutu dans un coin. Il s'en foutait. Le verre cassé, les tomates, tout ça, il s'en foutait pas mal. Il avait la tête ailleurs. Loin. Entre les cuisses de la princesse dénudée entrain de s'affairer dans son fauteuil dans son salon dans sa vie. Ce qui lui était arrivé, il avait pas tout compris. Tu vois, Patrick Carboni il se posait pas souvent de questions. Pour lui, la vie s'écoulait sans qu'il y saisisse grand-chose, et tant que les gens posaient des trucs sur le tapis pour qu'il puisse en remplir des sacs en plastique y'avait pas de raison de s'en faire plus que ça.
Mais là un truc était arrivé, avait traversé son existence d'horloge suisse, avait foutu un souk d'ouragan colérique et était reparti aussi soudainement qu'il était arrivé. Vouf, un coup de vent. Putain de zéphire qui était venu se palucher dans son salon, lui avait agité la queue et l'avait fait venir sur elle sans dire un mot.

Ce qu'il restait de journée est passé sans traîner. A un moment la pluie a remis ça doucement, mais rien de bien méchant. Il a quand même regardé dehors s'il la voyait pas se pointer, des fois que ce soit l'averse qui ait provoqué tout ça... Mais personne n'est venu. A huit heures il avait tiré le rideau de fer braillard et il était rentré chez lui. La rue. Les escaliers. Quarante cinq marches. Sa porte. Il a pas allumé la télé. Il s'est pas maté de porno. Il a passé un moment à regarder le fauteuil. Mais il ne s'est pas assis dedans. Non. Surtout pas. Tout habillé il s'est balancé en travers du pieux. Il est resté comme ça les billes au plafond, et rapidement il s'est endormi avec les cheveux mouillés de la princesse au cul-nu devant les yeux. Son regard sombre et son khôl ruisselant. Ses mains délicates. Ses gestes sûrs. Ses lèvres. Ses cuisses. Et son sexe béant luisant écarlate entre ses deux jambes ouvertes offertes écartelées. Obscène. Vulgaire. Excitante.

Il s'est réveillé la tête en vrac et pas envie de bouger. Le radio réveil s'était déclenché des heures plus tôt, il avait beuglé comme un con pendant une heure et avait fini par en avoir marre. Il avait laissé tomber. La chambre était alors retombée dans le silence et le noir.

Le premier truc qu'il a fait en se levant c'est aller dans le salon. Comme la veille il a regardé le fauteuil. Il s'en est approché doucement, avec respect presque, il s'est penché au dessus de l'assise, il a collé son nez à l'endroit où un jour plus tôt la brunette nymphomane avait frotté son minou trempé et il a respiré le tissu orange à grandes inspirations sonores et profondes. Il s'est agenouillé en continuant à renifler le coussin et il s'est secoué en s'évoquant la petite traînée les cuisses dépliées et les doigts qui s'agitent au milieu. Quand il a en a eu terminé, il est encore resté la gueule dans la vieille bergère déglinguée des années 60 à chercher les effluves de féminité de la lolita des caves, mais il en trouvait de moins en moins.

Il a ouvert l'épicerie à midi et demie. Comme tous les jours les gamins sont passés en vélo devant la boutique en gueulant. « Merci au revoir et à bientôt ! » Il souriait. Il les aimait bien ces gosses. Il pouvait pas savoir que c'était eux qui lui avaient retourné le magasin, hier. Bof, même s'il avait su qu'est-ce qu'il aurait fait ? Il aurait froncé les sourcils, il aurait dit « c'est pas bien », il aurait eu de la peine et quoi ? Les gamins se seraient foutus de sa gueule de plus belle dès qu'ils auraient passé la rue. Il ne savait pas et c'était bien comme ça.

A trois heures madame Fernandez est venue acheter des poivrons. Comme tous les jours elle a parlé de ses enfants et de son mari qui pouvait plus bouger depuis qu'il avait travaillé dans une usine pleine d'Amiante. Il souriait et il disait oui quand elle marquait un temps d'arrêt. Ca lui suffisait, à madame Fernandez. Un sourire et oui quand elle parlait. A quatre heures des mères de familles ont traversé la chaussée devant pour aller se poster devant l'école et attendre leurs gamins. A quatre heures et demie des grappes d'enfants sont passés dans la rue en face avec leurs mères qui leur filaient le train. A cinq heures et demie la porte s'est ouverte et la sonnerie a fait son boulot tapageur et perçant. C'était une gamine. Une môme de quoi, 9, 10 ans. Elle venait chercher un truc pour sa mère. Ses cheveux étaient noirs. Au moins autant que ses yeux. Dehors il pleuvait un peu. Pas franchement la pluie, pas tout à fait. Plutôt de la bruine. Du crachin, voila, c'est ça. Du crachin. Quand elle est entrée, elle a d'abord secoué la tête comme pour s'ébrouer. Lui, tout ce qu'il a vu, c'est la crinière noire s'agiter de gauche à droite. Il l'a regardé en souriant.

-« Je suis toute trempée », elle a dit.

Il a tendu le chiffon gris-noire. Elle l'a pris dans sa main mais en fait elle ne savait pas trop quoi en faire. Elle lui a rendu.

-« Non, il faut t'essuyer avec... ». Et comme pour joindre le geste à la parole, il s'est approché d'elle, de son énorme paluche il a soulevé doucement son visage et il a passé le truc dégueulasse sur les cheveux de la gamine. Dans les cheveux noirs. Noirs comme ceux de sa princesse. Pendant qu'il caressait la tête de la petite, il revoyait l'autre gourgandine lui sortir le manche et le tripoter vigoureusement. Il savait pas que les filles pouvaient faire ça. Il savait pas que les filles aimaient faire ça. Il a fait glisser sa braguette. Il caressait toujours la chevelure de la gosse. Il a sorti son machin. La gamine a pas vu tout de suite. Il lui a pris la main et il a voulu la poser sur son membre. Maintenant il bandait comme un dingue. Elle a retiré sa main, mais elle a pas pu bouger. Elle était terrifiée. Elle aurait voulu pleurer, gueuler, courir, mais la peur était la plus forte. Paralysée. Ses deux yeux tout noirs étaient grands ouverts par la trouille et son regard ne pouvait pas quitter ce gros truc qui sortait du pantalon du grand monsieur. Il lui a repris la main, et cette fois il l'a posée dessus. Une grosse larme a roulé sur la joue de la petite. Il a refermé la main de l'enfant autour de son truc énorme, et tu parles, elle en faisait pas le tour... Il lui a fait faire ce que la veille l'autre avait fait. Mais il a pas pu aller jusqu'au bout. Ca a fini par sortir, le cri. Ca a jailli aigue dans la boutique et dans la rue, la môme s'arrêtait plus, elle a hurlé comme ça quelques secondes qui ont semblées une éternité à Carboni. D'abord il s'est demandé ce qui se passait, et puis il a paniqué.

-« Arrête, arrête de crier. Faut pas crier. Les filles elles font ça. Arrête de crier »

Elle a pas arrêté. Pas tout de suite. Pas toute seule. Il a mis ses mains sur la bouche de la gamine. Il voulait plus qu'elle crie. Ca lui faisait mal aux oreilles. Ca lui faisait peur. Il voulait plus qu'elle crie. La môme s'est écartée et c'est reparti de plus belle. C'est reparti haut-perché perçant vif pénétrant. Acéré comme une lame de boucher le dimanche matin en début de marché. Non stop. Elle reprenait jamais son souffle. A nouveau, il a appliqué les mains sur la bouche de la fillette, et à nouveau elle s'est dégagée. Le coup est parti sans qu'il s'en rende vraiment compte. Un coup énorme. De toute sa force et de toute sa hauteur. Ca a fait un bruit sourd quand ça a touché. Sur le haut du crâne. Sous le choc, la bouche de la gamine s'est refermée sur sa langue qu'elle a coupée net. Un petit morceau tout rose tout sanguinolent a atterri sur les pompes de Carboni. Du coup, il a eu encore plus peur. La pitchoune a regardé le fragment de chair par terre aux pieds de l'immense gars, elle a remonté les yeux sur le géant aux yeux bleus, elle l'a regardé ahurie et un instant c'est comme si le temps s'était arrêté. Et ça a repris. Encore plus fort. Encore plus aigue. Encore plus effrayant. Un éclat de voix comme jamais il n'avait entendu. Panique. Affolement. Effroi. Il a ouvert ses deux mains bien en grand et il en a entouré le petit cou. Il a serré. Et à mesure qu'il serrait, le son diminuait. C'est devenu un filet. Un sifflement. Elle a griffé, elle a filé des coups de pieds, elle s'est débattu, mais au fond elle sentait bien que c'était fini. Elle a vu tout rouge et puis tout noir. Et puis plus rien. Elle a pensé à sa mère. Elle a pensé à son chien. Elle était triste au moment où elle est morte.

Il a desserré son étreinte longtemps après qu'elle fût inerte. Il avait fermé les yeux, il avait serré et le cri avait cessé. Il n'avait pas pris conscience du silence. Le sang tapait à ses oreilles et ça lui faisait comme un tambour dans la tête. Il a ouvert les yeux. Elle était toute rouge entre ses doigts serrés. Il a ouvert les mains. Son corps était mou. Elle s'est effondrée sur le sol encore sale et un peu collant de légumes piétinés et de fruits aplatis. Ses yeux rouges étaient grands ouverts et c'était un peu comme si elle le regardait. Elle lui tirait la langue. Comme pour lui montrer ce qu'il avait fait. Bleue. Toute bleue. Et rouge là où il manquait un morceau. Du sang coulait le long de ses lèvres et sur son menton. Il avait peur. Il avait vraiment très peur.

Du bout du pied il a un peu remué le corps. Rien. Il l'a appelée deux trois fois « Petite. Petite. Petite ! ». Rien. Il s'est penché sur elle, il l'a empoignée sous les aisselles et il a secoué comme pour la réveiller. Elle s'est pas réveillé. Il s'est assis par terre à côté de la gosse et il a chialé comme un con la gueule dans ses deux grosses paluches en se balançant doucement d'avant en arrière.

A six heures et demie la porte a balancé un coup de stridulation aigre et tranchante. Aussitôt doublée puis remplacée par un hurlement d'humain. Le truc est monté en puissance, s'est transformé en lamentation, puis après une petite pause a remis ça. Il a sorti le visage de ses mains et il a vu Madame Inzeglia plantée devant le spectacle du mastodonte et du petit cadavre. Elle gueulait la mère, elle s'arrêtait pas. Les yeux exorbités fixés sur l'échantillon de langue qui marinait au milieu d'une toute petite flaque de sang. Elle est tombée. Elle a vu tout blanc tout autour, des tâches noires devant les yeux, autour l'épicerie s'est mise à tourner et puis plus rien. Elle est tombée.

Merde, Patrick, là il a plus rien compris. Maintenant il avait deux corps allongés dans sa boutique. Il s'est relevé, de ses deux mètres zéro cinq il regardé tout ça en bas, il a pris les clés sous la caisse, il est sorti dans la rue pluie et brouillard, la nuit s'était installée et autour des réverbères ça faisait comme un halo cotonneux. Il a descendu le rideau gris dans un odieux grincement strident et il a traversé la rue. Il s'est assis sur le trottoir en face. Il a regardé sa boutique. Son monde. Son univers. Les deux rayons. Les posters du brésil. Tous les produits. Il aimait bien ranger les articles dans les sacs en plastique. Merci. Au revoir. A bientôt. Il a zieuté le rideau baissé de l'autre côté puis il s'est levé. Il est rentré chez lui.

Quand les mecs du RAID ont fait sauter la porte, il était neuf heures. 21 heures, quoi. La porte a volé jusqu'au centre du salon, les types en panoplie caparaçonnées sont entrés là dedans comme des furies, ils ont cavalé jusqu'au fauteuil orange, et ils ont jeté Carboni à poil face contre terre. En rentrant chez lui, il s'était dessapé, il s'était assis dans le fauteuil et il avait contemplé le mur en face de lui. Ils lui ont foutu des menottes. Il a juste eu le temps de grogner de trouille. Et de se chier dessus.

Dans la boutique, la vieille s'était réveillé, il faisait noir. Elle avait d'abord gueulé. On voyait absolument rien là dedans. Rien du tout. Elle avait attendu de se faire à l'obscurité, mais tu parles, rien à faire. Elle avait tâtonné dans tous les sens autour d'elle, elle avait fait les contours de la gamine, elle avait posé la main sur le bout de langue, c'était mou et humide, elle avait gerbé un coup, et elle s'était mise à ramper sur le sol. Au bout d'un moment, un bon moment, elle est arrivée au pied de la caisse. Elle est remontée jusqu'au tapis, elle a suivi le truc et elle est tombée dessus. Le téléphone. Elle a fait le 17. Enfin je veux dire qu'elle a réussi, après pas mal d'essais, à faire le 17. Et quand elle a fini par avoir quelqu'un, elle a raconté son truc. Elle était dans une épicerie avec une gamine morte et il faisait tout noir. Mais avec son accent rital, le gardien de la paix Lemaire a pas tout saisi. Pas tout de suite. D'abord, elle a cru que c'était une connerie. Quand elle a réussi à calmer la mémé à l'autre bout du fil, elle a noté l'adresse et elle a prévenu le brigadier Dardelle. Le brigadier a pris l'adresse, il a regardé s'éloigner le petit cul de la blondinette serré dans son treillis bleu, et il a envoyé trois gars sur place.

Bon, ils sont sortis de la bagnole pas vraiment rassurés, ce quartier ça craint un peu, le mois dernier des collègues avaient reçu un machine à laver sur le capot avant de se faire caillasser depuis les toits par les gamins de la cité. Ils ont vérifié l'adresse, c'était bien ça. Ils se sont avancés jusqu'à l'épicerie en gardant un ½il sur les fenêtres allumées et les toits tout en haut. Ca braillait quelque part à l'intérieur. Quand ils ont expliqué à madame Inzeglia qu'ils avaient pas de quoi ouvrir le rideau de fer, qu'ils allaient appeler des collègues, qu'il fallait surtout pas qu'elle panique et qu'elle serait bientôt dehors, elle a beuglé encore plus fort. Ce soir là ils ont appris un tas d'insultes en italien.

Quand ils ont ouvert il y avait du monde devant l'épicerie. Dans les quartiers les nouvelles se propagent à la vitesse d'un incendie à travers la garrigue en pleine canicule. La vieille rital a d'abord envoyé son pied dans les couilles du premier uniforme qu'elle a croisé, puis on l'a fait asseoir dans un fourgon bleu et blanc. La populace a regardé les gars en blanc déposer le petit cadavre sur un brancard et enfourner tout ça dans l'ambulance garée devant. Avant de partir ils ont foutu la sirène. Les gens regardaient toujours à l'intérieur de la boutique comme si un truc nouveau pouvait encore arriver. Ou alors ils regardaient la tache de sang par terre. Quelque part dans les rayons un morceau de langue traînait par terre. Avec tous les va et viens, on avait shooté dedans trois ou quatre fois et le truc avait valdingué où il avait pu.

On avait pris des photos, on avait fait reculer les gens, la mère Inzeglia avait raconté ce qu'elle avait vu, on avait appelé des renforts, et les professionnels de la mort violente étaient arrivés à fond de train. Ils avaient gravi les trois étages en file indienne et ils lui avaient sauté sur le poil.

Dans la rue en bas l'attroupement commençait à se disperser. Le peuple avait eu sa dose de misère, de glauque et d'immonde pour aujourd'hui. Et puis y aurait encore les infos.

Quand tout le monde était rentré chez sois, il n'était plus resté dans la rue qu'une petite brune de seize ans qui fixait la flaque écarlate dans l'entrée de l'épicerie éclairée rouge et bleu par les gyrophares des voitures de police.

Merci au revoir et à bientôt.











Epilogue comme dans « les rues de San Francisco »

Ils ont collé Carboni dans un asile. Chez les dingues. Ils le bourrent de cachetons. Il sourit toujours mais maintenant en plus il bave. Il y a quelques jours une infirmière l'a surpris en train de se tripoter dans le couloir. Ils l'ont mis tout seul dans une chambre toute blanche et il est resté là pendant deux jours. Il a chié par terre et sur les murs. Dans son froc aussi.

Aujourd'hui ils lui ont fait tout un tas de piqures. Il ne sent plus rien. Il ne pense plus à rien. Il n'entend ni ne voit plus grand-chose. Il reste assis là, dans sa chambre, dans son fauteuil orange d'hopital psychiatrique, à regarder le mur en face de lui. A côté de la fenêtre, comme s'il écoutait les bruits du dehors.

L'autre jour, la grande infirmière blonde qui était venue dans sa chambre, il avait pris sa main. Il avait voulu lui caresser les cheveux et sentir entre ses jambes comme ça sent bon les filles. Elle avait crié. Fort. Il avait eu peur. Très. Il avait serré le cou de la grande infirmière blonde.


2007

# Posté le lundi 30 juillet 2007 09:47
Modifié le jeudi 20 mars 2008 12:41

Johanna

Johanna
Une petite pour la route par William B .


Il y avait un concert.

J'avais accompagné Johanna jusqu'aux lourdes grilles jaunes et grises de la cité pleine d'étudiants quand nous entendîmes le truc. Le son. Une sorte de hurlement électrique qui envahissait l'air et investissait nos oreilles et nos âmes et nous aurait probablement rendus malades d'angoisse et fous de rage si nous n'avions pu finir par traduire le bruit en notes. Une mélodie, une sorte. Approximative et maladroite et boiteuse et laide. Mais bon. C'était là.

Et le pire, le plus déconcertant, le plus décourageant, aussi, ouais, c'est que l'ensemble des jeunots tout autour semblait éprouver un plaisir certain à se recevoir en pleine gueule les ondes sonores désordonnées-dégueulantes-incohérentes. Ils étaient là, debout, assis, seuls, seuls ou en groupes d'inégale importance, attendant attentifs, et leurs corps qui tremblaient vibraient se tendaient, et leurs corps, garçons et filles, femmes et hommes et animaux en transe, leurs corps vivaient et respiraient tellement mobiles, souples et vifs. Tellement vivants. Leurs muscles vivaient. Leur peau vivait. Ils vivaient et un Dieu devait avoir sacrément bossé pour faire tout ça. Nous nous approchâmes encore un peu. Les sons jaillissaient compacts et coupants en blocs réguliers d'un bâtiment presque blanc, accompagnés de lumières bleues et rouges et vertes et jaunes. Rouge-orange-jaunes et vertes. Beuark.

Nuit. Murs blanc-presque. Nous étions toujours dehors, Johanna et moi, et les corps glissant autour de nous. On avait pas osé entrer.


Une chouette fille, Johanna, sympa et tout . . . On ne parlait jamais de cul, et elle n'évoquait que très rarement les moments passés ensemble au lycée, quelques années auparavant. Une fois, quand même, elle m'avait sorti des photos.

Je la rencontrais de temps en temps par hasard et nous allions boire un thé ou une bière ou un Whisky ou un thé dans un bar dans une rue dans une ville. N'importe où. N'importe quand. Hasard, je te dis. On y restait trois heures sans que je regarde la pendule sur le mur, ses pieds ou ses seins, sans qu'elle ne croise bien haut les jambes, et/ou ne remonte sa jupe . . . Le truc sain, quoi. Ouais, sain. Comme quoi ça arrive, quand même.
Je ne m'étais jamais demandé si elle était jolie ou pas, c'était une vraie pote. Elle devait l'être, y'avait toujours un type à ses basques. Jamais seule. Jamais.

Un jour, une fille que je rencontrais le plus souvent après dix heures du soir et complètement bourré m'a posé la question.
« Elle est belle, Johanna ? ». D'abord, j'ai saisi que je devais l'évoquer plus souvent que je ne l'aurais cru. Et puis, oui, je me suis demandé. Et puis oui, j'ai répondu. Elle est très mignonne, Johanna.

2001
# Posté le samedi 28 juillet 2007 09:06
Modifié le jeudi 20 mars 2008 12:42